Energies: sortir du pétrole!

Publié le par Yves Du Buit

Les conclusions du groupe d’experts réunis à Paris la semaine dernière pour étudier le réchauffement climatique sont cette fois, des plus claires : l’activité humaine a un impact fort et durable sur l’évolution du climat. La consommation soutenue d’hydrocarbures depuis le début de la révolution industrielle a eu pour effet de renvoyer dans l’atmosphère des centaines de milliers de tonnes de dioxyde de carbone.

La présence de dioxyde de carbone dans l’atmosphère est normale. Les êtres vivants, quels qu’ils soient, animaux ou végétaux, en respirant en brûlant ou en se décomposant, rejettent du CO2. Ce CO2 est assimilé par les plantes terrestres ou marines (n’oublions surtout pas les algues) pour recréer de la matière organique. C’est le cycle normal du carbone, élément constitutif de tout ce qui vit sur terre.

Le problème dans le cas est présent vient du fait que des quantités très importantes de carbone stockées dans les profondeurs de la terre de manière fossile sous forme de pétrole, de charbon ou de gaz naturel, ont été brûlées et renvoyées dans l’atmosphère perturbant ainsi son fragile équilibre. La végétation ne pouvant absorber l’excédant de CO2 ainsi produit, la proportion de gaz carbonique dans l’atmosphère s’élève progressivement. Or le gaz carbonique produit dans l’atmosphère un effet dit « de serre » c’est à dire que plus il y a de gaz carbonique dans l’atmosphère, plus le rayonnement solaire est gardé captif et contribue ainsi à réchauffer la planète.

La cause du réchauffement est clairement identifiée : c'est la combustion des hydrocarbures, de tous les hydrocarbures, qui provoque l'augmentation du taux de CO2 dans l'atmosphère. Et il faut rappeler que même lorsqu'on l'affuble du qualificatif « propre », le charbon, tout comme le gaz naturel, produit, comme le pétrole, des gaz à effet de serre. Il n'existe pas de gaz naturel propre, et encore moins de charbon propre, comme on peut l'entendre parfois. Et la perspective de l'exploitation d'une nouvelle mine de charbon en Bourgogne est un non-sens absolu.

Il est donc urgent de trouver des moyens pour s'affranchir de ces énergies fossiles, nécessité d'autant plus impérieuse que même pour ceux qui resteraient insensibles au péril écologique, la pénurie annoncé de ces hydrocarbures et l'augmentation des cours qui en découlera rendra le coût de leur utilisation prohibitif dans la plupart des cas.

Si l'on doit à court terme renoncer aux énergies fossiles, il est bien sûr nécessaire de se demander quelle politique énergétique peut être suivie.

Certains prêchent pour les économies d'énergie. Très bien. Je suis tout à fait pour: isolons mieux nos maisons, éteignons les lumières, utilisons des dispositifs économes. Il y a là des gisements d'économies très importants à exploiter. Mais ne nous leurrons pas, si on peut, au mieux stabiliser la demande d'énergie dans les pays développés, ce sera très bien. Quand aux pays émergents et en voie de développement, leur demande énergétique continuera inévitablement et légitimement à augmenter. Les économies d'énergies peuvent apporter un mieux. Mais elles n'apporteront pas une réponse globale au problème.

D'autres mettent en avant les énergies renouvelables. Vive les éoliennes et les panneaux solaires! Oui mais ces moyens de production d'énergie, aujourd'hui, peuvent permettre d'alimenter en énergie des maisons, un village. Mais combien d'éoliennes pour faire rouler un TGV (ou un tram?), pour alimenter des industries très « énergivores », des usines de dessalement d'eau (qui vont devenir de plus en plus nécessaires dans certains pays) ou même un gros hôpital? Alors bien sûr chaque fois qu'un panneau solaire est installé, c'est un peu moins d'énergie à produire et à transporter par ailleurs. Et c'est important car l'énergie dissipée le long des câbles électrique est colossale. Donc, moins on fait voyager l'électricité, mieux c'est. Mais là non plus, à court ou moyen terme au moins, on ne peut répondre au besoin d'énergies par le seul recourt aux énergies renouvelables.

En fait, il faut être clair: nous disposons de deux sources de productions massives d'électricité: les énergies fossiles et l'énergie nucléaire. S'opposer à l'un, c'est implicitement favoriser les autres.

Or le nucléaire, s'il a un certain nombre d'inconvénients, en particulier la nécessité de gérer sur le long terme ses déchets, présente un énorme avantage: il permet de produire de l'électricité en grande quantité sans produire le moindre gaz à effet de serre. Le désigner comme LA menace environnementale est donc un raccourci pour le moins osé.

Alors, peut-on raisonnablement prôner le co-développement et s'opposer à ce que l'Iran, même moyennant un certain nombre de contrôles définis par les traités internationaux, accède au nucléaire civil?

Peut on raisonnablement prôner « l'excellence environnementale » et mettre à l'index l'électricité nucléaire?

Peut on défendre un « ordre juste » et accueillir dans son état-major un ancien responsable d'un mouvement n'hésitant pas à utiliser des méthodes illégales ou violentes pour s'opposer au nucléaire et ainsi, implicitement, soutenir les pétroliers?

L'eau et l'énergie seront deux enjeux majeurs pour la planète pour les décennies à venir. Si nous voulons éviter la catastrophe climatique, le mot d'ordre n'est pas « sortir du nucléaire » mais bien « sortir du pétrole ». On n'a parlé ici que de la question électrique. Il faudrait évoquer aussi les carburants et la pétrochimie. On le voit, le travail est immense. Les enjeux colossaux. Cela vaut sûrement un débat approfondi, et mérite mieux que des déclaration à l'emporte pièce. Nous aurons sûrement l'occasion d'y revenir.

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Publié dans Monde-Société

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