Outreau, encore...
J'ai déjà dit ici ce que je pensais de la polémique qui a suivi les acquittements des accusés d'Outreau. Mais l'audition du juge Burgaud, mercredi prochain, par la commission d'enquête parlementaire me met encore plus mal à l'aise.
Que les parlementaires aient voulu comprendre les dysfonctionnement de la justice, et aient créé une commission d'enquête, c'est normal, et même indispensable.
Que cette commission auditionne tous les acteurs de cette affaire, acquittés, juges, avocats, victimes, c'est incontournable.
Que ces auditions soient télévisées en directe sur la Chaîne Parlementaire, c'est un bel exercice de transparence, et probablement une bonne leçon d'instruction civique, même si on peut se demander si cela est bien compatible avec la sérénité des auditions.
Que les acquittés assistent à l'audition de celui qui a conduit l'instruction est pour le moins curieux. Pourquoi être présents physiquement dans cette salle quand il suffit d'être devant son poste pour suivre cette audition? Ce sera, inévitablement une pression supplémentaire sur le juge. Comment dans ce contexte pourra t-il exposer clairement, précisément la façon dont il a conduit l'instruction? Et pour les acquittés, qui n'auront pas le droit d'intervenir, est-ce que ça ne sera pas une source de frustration?
Que cette audition, en plus de la Chaîne Parlementaire, soit diffusée en direct sur TF1 et France 2, c'est selon moi proprement scandaleux. A t-on créé cette commission d'enquête pour comprendre ce qui n'a pas fonctionné? Ou bien l'a t-on créé pour réhabiliter les acquittés? Ou encore pour permettre à tout un peuple d'assister en direct à la mise à mort (en espérant qu'on en reste au sens figuré) d'un juge qui a sûrement commis des erreurs mais qui n'est certainement pas le seul responsable?
N'oublions pas le rôle de la presse dans cette affaire. L'instruction se serait-elle passé de la même manière sans la terrible pression médiatique qui l'a entouré? Après avoir livré les détails les plus sordides des pratiques du prétendu réseau pédophile, les médias aujourd'hui sonnent l'hallali contre le juge. C'est un lynchage médiatique, ce n'est pas du tout l'idée que je me fais ni d'une commission d'enquête, ni d'une justice sereine.
Ne mélangeons pas les rôles. Une commission d'enquête parlementaire est là, non pas pour juger, mais pour écouter, dans la sérénité, en prenant son temps (qui n,'est pas forcément le temps des média), pour comprendre ce qui n'a pas fonctionné et pour essayer de dégager les possibilités d'amélioration du système judiciaire. N'essayons pas de lui en donner d'autres...