Partager l'article ! CPE: en sortir au plus vite: Cela fait bientôt deux mois que le CPE alimente la contestation et suscite les réactions les plus dém ...

Cela fait bientôt deux mois que le CPE alimente la contestation et suscite les réactions les plus démesurées aux quatre coins de la France. Il est maintenant urgent d'en sortir.
Jusqu'à présent, je n'ai pas souhaité hurlé avec les loups, considérant que le CPE n'était probablement pas une très bonne mesure, mais qu'à quelques ajustements près elle pouvait être acceptable. L'emploi des jeunes est un sujet suffisamment grave pour être au coeur des préoccupations de tous les gouvernants. Et sur le fond, le CPE, dans une certaine mesure, pouvait contribuer à faciliter l'accès à l'emploi pour des jeunes. Il est en effet absolument nécessaire de fluidifier le marché du travail. Et si l'absence d'explication d'une rupture de contrat pouvait légitimement choquer, c'était une disposition qui pouvait être aisément corrigée par un minimum de dialogue et un amendement au projet de loi.
Mais Monsieur de Villepin a voulu avoir raison, immédiatement et tout seul, faire mieux que Chirac, plus vite que Sarkozy, plus efficace que Raffarin... Il a oublié qu'en 2004, le législateur a conditionné toute modification du code du travail à une négociation préalable avec les partenaires sociaux (et il est d'ailleurs assez triste qu'il ait fallut inscrire une telle mesure dans la loi, alors que cela devrait aller de soi...). Et puis, face à la logique d'obstruction du PS (logique qui est tout sauf constructive et qui contribue à discréditer le parlement), il est passé en force à l'aide du 49.3. Ayant ainsi court-circuité les syndicats et le parlement qui auraient pu apporter de précieuses corrections au texte, la fin de l'histoire était malheureusement déjà écrite: la réforme, sans relais sur le terrain, ne pouvais être adoptée par le pays.
Ce qui n'était pas écrit en revanche, c'est l'invention du concept de loi promulguée non applicable, mais le Président n'en est plus à ça près: l'un des principaux point de son bilan à l'Elysée sera sans nul doute le discrédit de la parole politique et l'affaiblissement de la loi, tant, depuis des années, il a dit tout et son contraire, faisant inscrire dans des textes législatifs, au gré des circonstances, un tas de bonnes intentions évidemment impossibles à traduire dans les faits.
Aujourd'hui les parlementaires UMP, curieusement réintroduits dans la partie après en avoir été exclus, cherchent à trouver une issue au conflit permettant de sauver les apparences pour tout le monde.
Il y a quelques jours encore, je ne me serais pas prononcé pour l'abrogation qui s'apparente pour moi à une victoire de l'immobilisme et du statu-quo. Aujourd'hui, il apparaît que le passage en force n'est plus possible et que pour être acceptables par les partenaires sociaux, les modifications à introduire dénatureront totalement le CPE. Elle créeront donc probablement un nouveau type de contrat de travail, sans le moindre intérêt, qui ne sera pas ou peu appliqué et qui contribuera à alourdir encore le code du travail. Il vaut donc mieux abroger complètement le CPE.
Mais il est en parallèle tout aussi urgent d'ouvrir des négociations approfondies avec les partenaires sociaux pour répondre au grand défi de l'emploi des jeunes. Probablement faut il envisager un contrat de travail unique, dont les garanties se renforcent au fil du temps. Mais il faut aussi, et peut être surtout, se poser les questions qui fâchent à propos de la formation: comment au collège et au lycée mettre en valeur des parcours réellement professionnalisants, des métiers manuels pour lesquels les débouchés ne manquent pas? Comment également éviter que des dizaines de milliers de jeunes ne s engouffrent, à la fac, dans des filières qui n'offrent que peu de débouchés: que fait-on avec une thèse en psycho, un bac+5 en STAPS, des diplômes supérieurs en histoire de l'art? Sélection, numerus clausus, concours: il est probablement indispensable de regarder sans tabou comment limiter les flux dans certaines filières car les jeunes sur-diplômés ont ensuite beaucoup de mal à trouver leur place dans un monde du travail très différent du monde universitaire.
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